Décembre 2018

Le plus ancien livre illustré de France

Voyage en terre sainte de Breydenbach, 1488

En Occident, le pèlerinage occupe une place importante dans la vie religieuse des hommes. Durant le Moyen Age, cette pratique demeure un moyen privilégié pour obtenir le pardon de ses fautes par Dieu. Les lieux de pèlerinages sont nombreux : Rome, Saint-Jacques de Compostelle, Jérusalem,… À partir du 14e siècle, les récits de voyage en Terre sainte sont rédigés pour exhorter les pèlerins à prendre la route ou faire connaître les lieux saints à ceux qui n’ont pas la possibilité de partir.

Bernard de Breydenbach (ca 1440-1497), d’origine noble et chanoine à la cathédrale de Mayence, réalise un pèlerinage à Jérusalem en 1483. Lors de son périple en Terre sainte, il est accompagné par le peintre, dessinateur et graveur sur bois, Erhard Reuwich originaire d’Utrecht. À son retour, il rédige un ouvrage où il décrit les conditions matérielles de son voyage, les régions traversées et les peuples rencontrés. L’ouvrage paraît à Mayence en 1486 sous le titre « Peregrinatio in Terra Sancta ». Il rencontre un tel succès auprès du public qu’il devient un classique du genre. Entre 1486 et 1522, il connaît 12 rééditions en cinq langues. Les gravures, réalisées par Reuwich, apportent, en outre, une vision personnelle et exotique de la Terre sainte.

La Bibliothèque centrale conserve dans le fonds des incunables une édition du récit de Breydenbach, imprimée, à Lyon en 1488, sur les presses de Michel Topié et de Jacques Heremberg. Il s’agit, en fait, d’une adaptation de la relation de Breydenbach par Nicolas le Huen. Carme à Pont-Audenne (Eure) et confesseur de la reine Charlotte de Savoie, épouse de Louis XI, le Huen reprend l’œuvre de Breydenbach pour raconter son propre pèlerinage, effectué en 1487.

Cette édition de 1488 revêt une importance particulière car il s’agit du plus ancien livre illustré, en France, de gravures en taille-douce. Cette dernière désigne l’ensemble des procédés de gravure en creux sur une plaque de métal. L’encre est ensuite déposée dans les creux. L’impression de la plaque de métal se fait sur une presse à taille-douce. Les sept gravures ajoutées à cette publication, représentent des vues de villes situées sur la route menant de Venise à Jérusalem. Anonymes, elles complètent les gravures sur bois réalisées par Reuwich.

Malheureusement notre exemplaire est incomplet de ces gravures. On ignore la raison pour laquelle elles ont été enlevées.

Pour en savoir plus:
  • LEUTRAT, E. Les débuts de la gravure sur cuivre en France : Lyon 1520-1565. Genèvre, Librairie Droz, 2007, p. 20.
  • PLISNIER, R., « Les récits de voyage », dans La Bibliothèque de l’Université de Mons-Hainaut 1797-1997, Mons, UMH, 1997, p. 165-166.
  • Médiathèque du Grand Troyes, Voyager en terre sainte : dossier pédagogique. Consulté en ligne (http://www.mediatheque.grand-troyes.fr/webmat2/archives/_/nv/dossier/voyage/voyage1.htm)
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