Septembre 2016

Vies et miracles de saint Ghislain

Manuscrit, 11e siècle

MAN1000030096Saint Ghislain est un saint très populaire en Belgique. On l’invoque pour assurer une heureuse délivrance aux futures mères et pour guérir les malades – surtout les enfants – atteints de convulsions.

La Bibliothèque centrale conserve précieusement plusieurs manuscrits consacrés à la vie de saint Ghislain en provenance de l’abbaye du même patronyme. Selon Anne-Marie Helvetius, l’abbaye est fondée en 931 à l’instigation de Gislebert, duc de Lotharingie. Ce dernier fait appel à Gérard de Brogne, célèbre réformateur, pour installer à Celle, sur les rives de la Haine, une abbaye régulière de moines bénédictins en s’appuyant sur le culte d’un saint local, peut être nommé Ghislain.

Au 11e siècle, le genre hagiographique a beaucoup de succès vu l’importance de plus en plus grande accordée au culte des saints et de leurs reliques. Pour la communauté de Saint-Ghislain, il est important de disposer d’un livre qui reprend l’histoire de son saint patron, ses miracles et l’histoire de la fondation de l’abbaye. Il s’agit du manuscrit 27/221, conservé dans la réserve précieuse de la Bibliothèque centrale. Il a été commandé par l’abbaye au moine Rainerus de Gand. De dimensions modestes (23,5 x 16 cm) il a été produit, selon A.-M. Helvetius, entre 1035 et 1075. Il comporte 156 feuillets de parchemin couverts d’une écriture minuscule caroline. Il se compose de trois unités codicologiques ou parties : un Office chanté pour la fête de saint Ghislain (fol. 1r°-7v°), deux Vies – Vita prima et Vita secunda – du saint et ses miracles (fol. 8r°-143v°) et un récit de la vie du monastère sous l’abbé Gérard de Brogne (fol. 144r°-155v°). L’office est accompagné de neumes, signes de notation musicale placés au-dessus des syllabes qui devaient être chantées.

Ce manuscrit se distingue par son enluminure. Plus de 30 initiales ornées rehaussées de jaune, vert, rouge et pourpre, accompagnent des titres traités en polychromie. Outre l’aspect esthétique, l’enluminure a pour fonction d’articuler le récit et de permettre au lecteur de s’y repérer. Elle participe à la mise en texte qui, selon Tjamke Snijders, s’avère exceptionnelle dans ce codex pour l’époque à laquelle il a été produit. Le scribe a conçu un système original parce qu’il combine une organisation visuelle de la page avec une organisation intellectuelle du contenu. Un tel système de navigation entre différents textes réunis au sein d’un même volume est encore rare au milieu du 11e siècle.

Pour en savoir plus:

  • P. FAIDER, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de la ville de Mons, Gent, Paris, 1931.
  • A.-M. HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques Une politique du pouvoir en Hainaut au Moyen Âge (VIIe-XIe siècle), Bruxelles, Crédit communal, 1994 (Collection Histoire in-8°, n° 92) .
  • C. PIÉRARD, Des manuscrits de l’abbaye de Saint-Ghislain à la bibliothèque publique de Mons, dans Scriptorium, XIX, 2, 1965, p. 281-286.
  • M. SMEYERS, L’art de la miniature flamande du VIIIe au XVIe siècle, Tournai, La Renaissance du Livre, 1998.
  • T. SNIJDERS, Manuscript Layout and Réécriture. A Reconstruction of the Manuscript Tradition of the Vita Secunda Gisleni, dans Revue belge de philologie et d’histoire, t. 87, fasc. 2, 2009, p. 215-237.
  • T. SNIJDERS, Manuscript communication : visual and textual mechanics of communication in hagiographical texts from the Southern Low countries, 900-1200, Turnhout, Brepols, 2015.
  • Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, t. 20, Paris, Letouzey et Amé, 1984, col. 1180-1182 (notice de saint Ghislain rédigée par D. VAN OVERSTRAETEN).

Accès à la numérisation

UMONS
DocNum